Rébus
Rébus en wallon du Centre, signifie: dicton, adage, proverbe, pensée, allusion à, etc. Feu Flori Deprêtre en a réuni 1400 dans un recueil édité vers 1950 et dont le tirage fut rapidement épuisé.
Le but poursuivi par l’auteur était non seulement de les faire connaître, mais surtout de les conserver; il les estimait menacés de disparition, il sentait que tôt ou tard à l’occasion d’une citation, ils ne seraient plus compris et que si les dictionnaires et glossaires pourraient toujours permettre de traduire certains mots saillants repris dans ces maximes,  il serait moins aisé d’interpréter celles-ci.
Comme déjà dit, les mots qui les ont frappés, ils peuvent les retrouver dans des ouvrages de vulgarisation.
Oui mais ! Ni un glossaire ni un dictionnaire ne feront jamais le langage.

Esplicâcion dè sakants rébus

Vos n’ sèrîz nî-n bon pou yèsse male d’agasse, vos n’ leu lérîz nî-n l’ tamps d’èrlèver leu queuye.
Vous ne seriez pas bon pour être mâle de pie, vous ne leur laisseriez pas le temps de relever leur queue.

C-à-d, Vous êtes trop impatient, trop impulsif.

L’amton conte sès ans dèvant d’ s’involér
Le hanneton compte ses ans avant de s’envoler

C-à-d, Il est prudent. Avant de prendre une décision réfléchissez. Cette soit disant prudence du hanneton est le fait qu’avant de prendre son vol, il déploie lentement ses élytres qui recouvrent ses ailes fragiles et ce que l’on considère comme “ans” ce sont ses segments abdominaux, bordés de blanc, qui apparaissent assez lentement lors du deploiement des ailes.

I vôt mèyeu twér l’ arègne què dè dèsfé l’ argnére
Il vaut mieux tuer l’araignée que de défaire la toile

En effet, si l’on ne détruit que la toile, l’araignée en recommencera promptement une autre

Ca pinche come dè l’arpou dins n’ crèvure
Cela pince comme de la poix dans une crevasse « gerçure »

Qui était atteint de crevasses, bouchait ces plaies avec de la poix rendue malléable par chauffage. Cela passait pour les cicatriser. Pour l’avoir, nous savons que cela pince. Et puis, la poix fut remplacée par la bande isolante que l’on emploie en électricité et après cela on trouva mieux en pharmacie et la poix fut oubliée.

Ca fét pètér come dès artias d’ précheù
Cela fait péter « faire des pets » comme des orteils de prêcheur.

Artia d’précheû: variété de haricot qui par la forme fait penser à un orteil de prêcheur. Pourquoi de prêcheur ? Par ce que celui-ci marchant pieds nus, parfois ses orteils étaient plus remarqués que ceux des autres. Ces haricots provoquent d’abondants gaz intestinaux que l’on expulse bruyamment.

Madlin.ne: « Alèz Batisse! Arètèz d’mindjî dès artias d’précheû tout mèt’nant: vos dalèz co avoû in scan’çon come in saclot à cafè! »

Èle s’asplatit come ène figote.
Elle s’aplatit comme une pomme ou poire tapée et se dit d’une personne qui dépérit.

Dans nos campagnes, cette précaution de faire des figotes, en prévision de l’alimentation hivernale, semble disparue avec les temps nouveaux qui ont amené les facilités dues à la conserverie.
Les pommes tombées prématurément des arbres (kèyoûs), celles jugées impropres à prendre place au fruitier, étaient pelées et évidées de leurs pépins pendant les veillées; écartelées ensuite sur la hauteur et coupées en lamelles de 8 à 10 m/m d’épaisseur. Elles étaient ensuite réunies en chapelets et posées sur des platines (formes à tarte) ou tout autres ustensiles de ce genre et allaient prendre place au four, après une cuisson de pain (cûtéye) quand le four était encore assez chaud que pour les sécher mais plus assez pour les cuire.
Par évaporation, ces figotes diminuaient de volume et se durcissaient. Les chapelets étaient alors suspendus dans un endroit sec et quand la nécessité se faisait sentir, on les mettait cuire en y ajoutant de l’eau et du sucre.

I n’ li fôt pont d’ barète pou fé l’ sot.
Il ne lui faut pas de barrette pour faire le sot.

Il ne doit pas se coiffer ridiculement pour faire l’auguste de cirque, le clown.
Ce n’est pas dans ce sens qu’il faut prendre le rébus. En réalité cela signifie: il n’a pas besoin de se déguiser pour tromper son monde. Il dissimule facilement son jeu, bref il sait feindre

Il-arindje ça come dès gayes su n-in baston.
Il arrange (dispose) cela comme des noix sur un bâton.

C’est une antinomie*. Cela signifie: vous vous figurez que la chose est facile à faire. Car en effet essayez donc de faire tenir des noix sur un bâton.
*Opposition ou contradiction entre deux idées, deux principes.

Il èst pus fâde qu’ in blanc bôdet.
Il est plus paresseux qu’un âne blanc.

Ce n’est pas que les ânes blancs soient plus paresseux que les autres; s’ils sont blancs c’est de vieillesse, c’est le cas de dire blanchis sous le harnais… et de ce fait moins agiles que les jeunes qui ont déjà une réputation fausse, de passivité.

Quand il a 'ne bèle bètrâle, c’èst toudis pou in léd pourcha.
Quand il y a une belle betterave, c’est toujours pour un laid porc.

Se dit par ironie, à celui qui fume un cigare, on dit aussi:
« èl pourcha èst d'sèrtè avû l’ broque du ran »
Le porc est fichu le camp avec la cheville qui ferme son ran (toit du porc)

Il-a yeû dèl blouke.
Il a eu de la boucle.

Les enfants recevaient de leurs parents des punitions corporelles. Quand ils dépassaient vraiment les bornes, leur père ne se contentait pas de la claque ou de la fessée, il enlevait la sangle qui retenait son pantalon et en flagellait le coupable. Certains abrutis y allaient tout aussi bien avec le côté boucle de la ceinture.
Avec ou sans ceinture cela devint une habitude de dire: « Vos dalez avoù dèl blouke. Vos-avèz yeû dèl blouke. »
Un jour, j’avais cinq ans, ma mère me dit: « Du va vos foute dèl blouke ! » et elle chercha vainement le martinet. Lasse de chercher, elle oublia de me corriger mais elle n’a jamais su que j’avais jeté le martinet dans le puits, profond de 12 M.

Il è-st-ôssi fin qu’ in gris tchat.
Il est tout aussi rusé qu’un chat gris.

Un chat gris n’est pas plus rusé qu’un autre, mais il est peut-être mieux camouflé. On donne souvent la couleur grise à un animal qui est en réalité gris roussâtre, gris fauve qui est la couleur du chat sauvage et l’on confond souvent celui-ci avec le chat domestique redevenu sauvage et qui, lui, a n’importe quelle couleur.

Il ès-t-ôssi cachîveû qu’ in tchat d’ après l’ Sint Djan.
Il est aussi chassieux qu’un chat d’après (né après) la Saint Jean.

La Saint Jean d’été entre dans beaucoup d’évènements de la vie à la campagne. Les chats nés après cette date repère passaient pour être chétifs, mauvais chasseurs et moins aptes à tout que les autres nés plus tôt.

On dwat s’ tchôssî du gôche pîd pou nî-n avoù mô sès dints.
On doit se chausser du pied gauche pour ne pas avoir mal aux dents.

Il est une croyance selon laquelle se chausser du pied gauche d’abord préserve de toutes sortes de maux. C’est ce que mon père m’a fait faire depuis mon plus jeune âge et j’en ai tellement pris l’habitude que cela est devenu mécanique mais ne m’a pas empêché d’avoir toutes sortes de maux.
Ce rébus n’a pas d’autre signification que celle ci-dessus.

Cèlèri, op su l’ lit !
Céleri, hop sur le lit !

On attribue au céleri un pouvoir qui pousse à l’acte sexuel. A qui sème, plante, mange des céleris on lance ces mots.

Léchèz l’ églîse su l' cèmintiére.
Laissez l’église sur le cimetière.

Ne changez rien à l’ordre établi. L’habitude ancienne était de construire l’église là où était le cimetière et vice versa. On dit aussi: léchèz l’ églîse ô mitan du vilâdje. Laissez l’église au milieu du village.

Èle-a toudis 'ne méson come in ch'ni.
Elle a toujours une maison comme un chenil (malpropre).

A l’origine, le vestiaire des mineurs était rudimentaire, sale, mal tenu. Par extension, il devint le vestiaire et le réfectoire des ouvriers de surface dans les mines. Les années aidant et les ouvriers prenant conscience de ce qu’ils valaient plus que des chiens, ces refuges s’améliorèrent et furent tenus d’une façon meilleure. Certains des préposés à leur entretien, les gardes dè ch'ni, se faisaient une gloire de tenir leur domaine propre et ordonné. Ces gardes étaient souvent recrutés parmi les ouvriers devenus incapables de se livrer à des travaux plus lourds. J’ai le souvenir d’un brave homme, François Gendarme de Chapelle lez Herlaimont, né vers 1880, qui était dans le cas et qui nous faisait des remontrances quand nous salissions son chenil.

I n’ vwat nî-n pus clér' qu’ in pinchon pa l' nîve.
Il ne voit pas plus clair qu’un pinson par la neige (quand il neige).

Il n’est pas déluré. Il ne se rend compte de rien. Le pinson vole par saccades, il semble mal s’orienter, ce n’est qu’une apparence qui se renforce quand il neige, du fait qu’on le remarque mieux encore, la quantité d’autres oiseaux à laquelle il est mêlé à la bonne saison n’y étant plus.

Dèfièz vous d’ ène pouye qui fét l’ co èt d’ ène coumére qui chufèle.
Méfiez vous d’une poule qui fait (imite) le coq et d’une commère qui siffle.
Nous ne dirons rien de la femme qui siffle, mais par superstition, on croyait qu’une poule qui imitait le coq dans son chant ou dans ses fonctions sexuelles, portait malheur. Cette habitude provient souvent de l’absence de coq chez les poules parquées où l’une de celles-ci se rend autoritaire et veut maîtriser le troupeau tout en faisant les fonctions du coq. L’introduction d’un coq dans la basse-cour change vite la situation et si l’usurpatrice se montre rébarbative, il lui flanque une raclée et elle doit subir sa loi. Celui qui s’obstine à ne pas vouloir de coq ne peut plus rien tirer de pareille poule. Le mieux alors est de lui couper la tête.

Èl dîj' d’ Avri, èl coucou l’ dit
Le dix d’Avril, le coucou le dit (il dit qu’il est le dix).

La revenue de migration du coucou se situe vers le dix d’avril et il s’annonce par son cri.

Il èst dins l’ cwin ayu ç' què l’ via èst moûrt
Il est dans le coin où le veau est mort.

Il est mal situé. Il occupe une situation peu enviable. Cela mérite plus qu’une adaptation. Mes parents étaient métayers dans un hameau de Seneffe et j’eus un jour l’explication de ce rébus. Quand un veau naissait avec un léger handicap ou apparemment mal préparé à la vie, on lui accordait sa chance et on le transportait là où il pouvait être tenu sous surveillance constante par l’un ou l’autre membre de la famille. Ce fut le cas chez nous où un veau avait été quelque peu détruit au passage, en naissant. Mon oncle, Georges Hermant, qui avait aidé la vache à vêler, avait glissé en recevant le veau et était volé à la renverse dans un abreuvoir rentré dans l’ètable. C’était l’hiver. Le veau, un tourillon assez mal en point, fut illico baptisé Georges. Il fut transporté et mis sur de la paille dans un coin de la cuisine. Cette bête n’était pas malade mais froissée. Ses chances de vie normale étaient tellement aléatoires, que l’on se demandait si en le transportant ailleurs, il n’allait pas rendre l’âme. Sa chair étant consommable, on n’attendit pas plus longtemps et on le tua là dans son coin puis débité ailleurs. Ce coin, à juste raison, fut nommé « èl cwin ayu ç' què l' via èst moûrt ! » mais nous n’avions pas l’exclusivité, cette pratique existait ailleurs où des veaux mal nés mouraient dans le coin où on les avait transportés.

I fôt sèt' Djan pou saquî in via dèwoûrs d’ in stôle.
Il faut sept Djan pour tirer un veau dehors d’une étable.

Djan, dans ce cas ci, n’est pas la forme wallonne du prénom jean. Un Djan, c’est un benêt, un béotien, un naïf, un bon garçon qui n’a rien d’une lumière et la gouaille populaire veut que pour sortir un veau d’une étable, sept naïfs doivent s’y mettre. Un seul tente vraiment d’y parvenir et les six autres regardent, conseillent, se contredisent et rien ne se fait. On remplace aussi Djan par gendarme… et cité par un… gendarme d’origine hesbignonne.

A' r'vwâr quète, a djeudi !
Au revoir chose à jeudi.

Le jeudi fut longtemps le seul jour de la série de ceux dits ouvrables où les « galants » rendaient visite à leur fiancée. Est-ce pour cela qu’il a été choisi ?                                               
En tout cas, cela signifiait: au revoir, à plus tard, aux calendes… j’espère ne pas vous rencontrer de si tôt.

Il èst pus curieûs qu’ in djon.ne dè gâde.
Il est plus curieux qu’un jeune de chèvre.

La chèvre a la réputation d’être curieuse et son chevreau davantage.

ça n’ mindje nî-n l’ doublure dè vo tch'mîse.
Cela ne mange pas la doublure de votre chemise.

Cela ne vous regarde pas, vous n’êtes pas concerné. La chemise n’a pas de doublure, a fortiori cela vous regarde d’autant moins.

C’è-st-in guigne douze eûres.
C’est quelqu’un qui guette douze heures...  « Midi »
C’est un paresseux.

Pour les travailleurs, douze heures était le moment de la pause et certains avaient plus le souci de l’heure que de leur travail. En ce qui me concerne j’ai eu à faire à l’un de ces personnages pour qui l’horloge de la firme retardait ; c’était sa montre qui marquait l’heure officielle…

Il èst subtîle come in lum'çon dins l’ farène.
Il est agile, rapide, comme un limaçon dans la farine.

Cela s’explique tout seul, mais si vous n’êtes pas convaincu mettez un limaçon dans la farine il sera tout à fait immobile.


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