I s’ plét come in pèchon dins lès cindes.
Il se plait comme un poisson dans des cendres.
Un poisson sorti de l’eau n’est jamais à la fête ; il l’est d’autant moins quand on le recouvre de cendres.
Il èst pus fèrtèyant qu’ in.ne anguîye.
Il est plus frétillant qu’une anguille.
Il est bien difficile d’immobiliser une anguille. Si vous la prenez en main, elle se tortille autour, vous en glisse et ne cesse de se contorsionner. Ce n’est pas la première fois que je pèle une anguille après l’avoir assommée, tuée… mais elle remue toujours… j’ai un jour vu une anguille « ce n’est pas moi qui opérait » tête coupée, pelée, vidée et remuer encore sous le jet d’eau d’un robinet.
Il èst pus malin qu’ in fichô.
Il est plus malin « rusé » qu’un putois.
Le renard est réputé pour la ruse dont il fait preuve. Il n’est pas le seul à jouir de ce don, tous les petits carnassiers sont doués et particulièrement le putois.
Èl frane a donè s’n-anme ô diâle pou brûlér vèrt.
Le frêne a donné son âme au diable pour brûler vert.
C’est une croyance populaire. Frêne ou autres bois, pour autant qu’ils soient bien embrasés, brûleront verts. Mais le frêne est un bois dur, résistant, flexible, de bonne conservation, beau bois d’œuvre, il est donc très apprécié pour ses nombreuses qualités et comme aux siècles passés, qui en avait trop était vite considéré comme un protégé de l’enfer
Marquèz l'lè su 'ne fwèye dè chou èyèt donèz l’lè ô lapin.
Marquez-le sur une feuille de chou et donnez-la au lapin.
Se dit à quelqu’un qui a la mémoire courte et qui ne se rappelle pas ce que signifient ses pense-bêtes.
Les lapins et les lièvres ont la réputation d’avoir la mémoire courte. Selon la fable, un lièvre qui devait aller faire des emplettes inscrivit ce dont il avait besoin sur une feuille de chou. En cours de route, la faim le prit et il mangea la feuille… avec les suites que l’on devine.
Quand lès fwèyes tchèy'tè, èl sot'rîye monte.
Quant les feuilles tombent la folie monte.
On le dit également quand les feuilles poussent, ou quand la sève monte.
En effet, à chaque feuillaison ou montée de la sève, comme à chaque chute des feuilles ou descente de sève, certains individus semblent recevoir une impulsion neuve ou une lassitude selon le cas. De là à montrer un grain de folie, il y a de la marge. Mais il est un fait, c’est que personnellement, à chacune de ces manifestations naturelles, j’en suis marqué. A la pousse des orties, je souffrais d’urticaire. Est-ce l’âge qui m’a débarrassé de cet inconvénient ? Il n’en reste pas moins qu’à la chute des feuilles, je ressens une lassitude. Suis-je plus végétal qu’animal ?? N’en riez pas, je vous conte la vérité. Quant à devenir un peu fou… Si vous le remarquez, dites-le moi...
I va plantér s’ godèt.
Il va planter son godet.
Godet : jaune godet = jonquille, narcisse.
Bleu godet = endymion
Dans le cas qui nous occupe, il faut comprendre jonquille.
Sous le toponyme d’Oudè, on englobe erronément les communes de Houdeng-Goegnies et d’Houdeng-Aimeries. Localement, Oudè c’est Houdeng-Aimeries et Gôgnére c’est Houdeng-Goegnies. Aux confins de ces deux communes est un bois. C’est èl bos d’Oudè.
A Pâques avait lieu en cet endroit isolé, èl ducace du bos. Délaissée peu à peu, elle fut remise à l’honneur il y a peu, mais nous ne savons si elle a recueilli le succès d’antan. C’était la fête du renouveau que tous les jeunes attendaient avec impatience. Les jonquilles foisonnaient, on en cueillait de gros bouquets, on s’amusait et l’on n’y allait pas seul ou, tout au moins, on espérait y rencontrer l’âme sœur. Le couvert, les sous-bois… l’occasion, l’herbe tendre… favorisaient les … rapprochements, ce qui en langage ambigu s’appelait plantér s’ godèt.
Vos-avèz compris ou bî-n i vos fôt in dèssin ?
Il èst couneû come in nwâr gros sous.
Il est connu comme un noir gros sous.
Le gros sous valait dix centimes. La pièce belge de cette valeur était en nickel, perforée en son centre et marquée aux monogrammes (selon les époques) des rois Léopold II, Albert I et Léopold III. Mais vers 1910, il existait toujours des gros sous en cuivre (ou alliage) à l’effigie de Napoléon III qui avaient encore un cours officieux dans notre pays en certains endroits tandis qu’en d’autres ils étaient refusés.
La consigne du refus fut passée de l’un à l’autre, le noir gros sous fut connu plus largement comme un indésirable. La noire mastoque elle (5 centimes) traînait dans les tiroirs et sans valeur. En tout cas, en 1912, à la petite boutique, peut-être par faveur, j’obtenais encore deux anis ou un sabot en réglisse pour cette pièce de 10 centimes. Cela ne dura plus. Ah oui !... si on l’appelait noir gros sous, c’est parce que au cours des ans, sa couleur se flétrissait et virait au noir.
Ça cole come in.ne implâte ô cu d’ in mwane.
Cela colle comme un emplâtre au cul d’un moine.
Cela adhère parfaitement, épouse la forme.
Un moine a la réputation d’être bien en chair. Cela n’est pas prouvé, mais il n’empêche que l’on dit encore cras (gras, gros, come in mwane). Dès lors le postérieur d’un moine n’offre aucune possibilité de plissage.
Il a stè m'surè a l’ ône dè France.
Il a été mesuré à l’aune de France.
Il a été largement mesuré.
L’aune était malgré le système métrique déjà imposé, une mesure des plus arbitraires employées par les marchands de tissus. L’aune usitée en Belgique, èl pètite ône, se mesurait ainsi: on empoignait le tissu dans une main et on l’étendait à bout de bras jusqu’au creux de l’épaule et du thorax. Elle valait plus ou moins 75 cm. L’aune de France se mesurait de la même façon mais jusqu’au creux opposé. Elle valait environ 1 m20. L’aune de France fût abolie en ce pays en 1840 mais en Belgique en 1914, je me souviens très bien avoir vu mesurer ainsi. Les étoffes qui se vendaient à 1 FR l’aune, étaient ce qu’il y avait de moindre en qualité. Dès lors tout ce qui était de qualité inférieure, chaussures, vêtements, boissons, journaux paroles etc. etc. eut l’aune en comparaison. C’èst du bos (bois) a twâs-ônes pou in franc.
Quand à l’aune de France, tout ce qui était prétendu court et qui en apparence était plus long devait subir des remarques basées sur l’aune. Ça 1m50 ! Way mès, vos l’avèz m'surè a l’ ône dè France… Cela 1m50 ! Oui mais vous l’avez mesuré à l’aune de France. On pourrait croire que le marchand qui avait de longs bras était défavorisé. Oh que non ! Il avait ses astuces et bien ou mal servi, il trouvait toujours le moyen de dire: « v'la, bî-n chèrvi ».
Il èst pus vî qu’ lès tch'mins d’ Binche.
Il est plus vieux que les chemins de Binche.
Binche est la ville ancienne la plus concentrée autour de la Chaussée romaine. Il est normal que de nombreux chemins d ‘accès y furent créés et normal aussi qu’ils soient vieux.
Vos l’ avèz pèsè al romène.
Vous l’avez pesé à la romaine (balance romaine).
Se dit de ce qui ne semble pas annoncer son poids, soit en plus, soit en moins.
Un jour de 1929 au cours d’une réunion pugilistique à Jolimont, à laquelle j’étais en spectateur, le présentateur Maurice Hermisse, Mâloù, pour les autochtones, annonça: « à ma droite, Machin 55 kg à ma gauche Chose 54 kg or, Chose par sa corpulence semblait en peser davantage et un loustic s’écria: « Wé Mâloù… vos l’ avèz pèsè al romène èç'ti la ».
C’èst 'ne pèséye dè marchand d’ loques.
C’est une pesée de marchand de loques (chiffonnier).
Les chiffonniers pesaient leurs achats en chiffons tout aussi bien qu’en mitrailles à la romaine qui passait pour toujours être truquée à leurs avantages et le rébus vint qui voulut que tout marchand d’ loques pesait irrégulièrement.
In pun, c’è-st-in pun.
Une pomme, c’est une pomme.
C’est peu mais c’est autant.
I pâle come in lîve as-agrapes d’ ardjint.
Il parle comme un livre à agrafes d’argent.
Les livres anciens, précieux, savants étaient soigneusement reliés et fermaient par un dispositif argenté.
I roublîye qu’ il èst vûdi d’ ène bleûse marone.
Il oublie qu’il est sorti d’un bleu pantalon.
Il s’agit du pantalon on dit « ène bleûse twale » que portait généralement la classe laborieuse manuelle et pauvre. Qui est né de père ouvrier est « vûdi d’ ène bleûse marone » et qui s’est élevé dans la hiérarchie et qui par son langage, son comportement, oublie ou feint d’oublier ses origines pauvres et veut mettre les autres dans le fond du panier, on applique le rébus.
I s’ prind pou lè rwa dès osse-cus.
Il se prend pour le roi des…
Par osse-cus, il faut comprendre hoche-queue, bergeronnette lavandière, qui, sur le sol, ne sautille pas mais se déplace en marchant ou en courant, en se cabrant. A l’arrêt, elle hoche sa longue queue de haut en bas, ce qui lui donne un air de suffisance, de fierté.
I n’ sét pus dîre pape.
Il ne sait plus dire pape.
Pape = Papin. Colle faite de farine et d’eau, mais c’est aussi une espèce de panade, grasse, épaisse, gluante faite de farine et de lait que l’on mangeait à défaut de plus appétissant. Qui est ivre au point de ne plus savoir articuler ses mots est censé avoir la bouche pleine de pape, mot choisi pour bien marquer l’empâtement.
Quand on r'pique du pèrsin, on-intère ès' pus près visin
Quand on repique du persil, on enterre son plus proche voisin ou sa belle-mère.
C’est une vieille croyance selon laquelle repiquer du persil provoquait la mort du voisin ou de la belle-mère. Cela est encore profondément ancré dans l’esprit de nos gens. Quand je me suis marié, comme tous les jeunes d’alors, j’avais hâte de posséder un jardin pour moi seul et alors que j’étais à m’en occuper, ma belle-mère me recommanda de ne jamais repiquer cette plante… que cela portait malheur. Je connaissais l’antienne et je savais où elle voulait en venir… j’avais une belle-mère en or et d’un autre côté, je n’ai jamais provoqué ni souhaité la mort de personne, mais par principe plus que par superstition, je n’ai jamais repiqué du persil qui se passe d’ailleurs bien de repiquage.
On-intère ès' pus près visin (ou parint) oui mais ! C’est aussi une boutade, une saillie… ne dit on pas èm pus près visin (parint)… c’èst l’ trô d’èm c... ?
I chuche lès pichoulits pa lès racènes.
Il suce les pissenlits par les racines.
Il est mort, il est enterré.
On n’inhume jamais un mort à faible profondeur, sauf sur un champ de bataille, ni dos en l’air. Le pissenlit a des racines tenaces, volontaires et profondes et l’on en a découvert jusqu’à trois mètres de profondeur. De là, l’allusion.
Pou avoû sès plomes, i fôt dè l’ yô tchôde.
Pour avoir ses plumes, il faut de l’eau chaude.
Se dit d’un avare, qui évidemment, se laisse difficilement plumer.
Pour déplumer aisément une volaille, il suffit de la plonger quelques instants dans de l’eau très chaude.
I plût a bouyons, c’èst pou chîs s'mènes t’t-ô long.
Il pleut à bouillons, c’est pour six semaines tout au long.
Remarque que l’on fait quand la pluie soulève sur le sol ou sur les flaques d’eau, de grosses bulles. C’est l’indice, non confirmé d’une pluie qui durerait six semaines.
Il a l’ pouce rompu.
Il a le pouce rompu.
Il n’a plus d’argent.
Sans le secours du pouce, il est difficile de manipuler quoi que ce soit y compris l’argent et qui n’en a plus est censé n’avoir plus l’usage de son pouce.
I fét in dos come in maroù sul pronî-n.
Il fait un dos comme un matou sur le prunier.
Le chat(ou la chatte) qui se sent en danger, s’il trouve un arbre dans sa fuite s’y réfugie et de là, il défie ses agresseurs en marquant sa propre agressivité par un hérissement du dos et du poil. Si l’on dit maroù, c’est parce que le mot fait plus image que minette (chatte). En réalité, l’un et l’autre savent se défendre. Si l’on dit prunier c’est parce que c’est un arbre que l’on trouve généralement tout près du logis. Cette attitude que prend le chat apeuré, n’est pas toujours une marque d’agressivité, c’est souvent du bluff pour impressionner l’ennemi.
Pou l’ bon djardinî-n, dès rukes c’èst du suke.
Pour le bon jardinier, des mottes de terre c’est du sucre.
Les terrains trop meubles ne sont pas toujours l’indice d’une bonne production. Les petites mottes de terre favorisent la croissance des plantes en les aérant.
Lès sanseûyes sont trop tchéres pou s’ fé du monvés sang.
Les sangsues sont trop chères pour se faire du mauvais sang.
Les hématomes et hémarthroses et autres accidents où le sang en était visiblement la cause étaient soignées au moyen de sangsues qui, appliquées sur le mal, suçaient le sang « fwatè » en voie de coagulation (fwatè aussi, s’il l’est) couleur foie. On se les procurait sans ordonnance médicale, chez le pharmacien. C’était plus une location qu’un achat car on les remportait au pharmacien après usage.
Il a dès paquets d’ toubak pa d'sous sès bras (ou dès-ûs)
Il a des paquets de tabac sous les bras (ou des œufs).
Les poils d’aisselles des bras font penser à du tabac haché fin. Qui est paresseux est censé en avoir des paquets qui ne lui permettent pas de remuer les bras. Quant aux œufs, s’il en a sous les bras, les remuer est un risque de casse.